Adam et Ève, Vierge et l’Enfant - Stamford, Lincolnshire

Cette verrière de 1891, conçue par Christopher Whall, présente un programme théologique structuré avec une grande cohérence, et constitue l’une de ses premières commandes ecclésiales majeures réalisées après son départ de l’atelier Whitefriars de J. Powell & Sons.
Les lancettes extérieures représentent Adam et Ève au milieu d’un paysage végétal dense. Adam tient une bêche, symbole du travail imposé après la Chute, tandis qu’Ève porte un fuseau, signe du labeur domestique. Sous leurs figures apparaît un extrait de Genèse 3, 15 :
« Je mettrai inimitié entre toi et la femme…
elle t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. »
Ce verset, appelé Protoévangile, annonce la rédemption dès l’instant de la faute originelle. Whall place ainsi la promesse au cœur même de la Chute.
Les lancettes intérieures conduisent à l’accomplissement de cette promesse. Sous la scène centrale figure l’Annonciation, tandis qu’au-dessus apparaît la Visitation, encadrant l’image monumentale de la Vierge et l’Enfant. L’Incarnation constitue le centre théologique de la composition.
La Vierge est flanquée des archanges :
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Gabriel, messager de l’Annonciation
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Saint Michel, défenseur contre le mal
Au-dessus d’eux sont inscrites des paroles du Psaume 8, 6 (Vulgate 8,5) :
« Tu l’as fait de peu inférieur aux anges »
« Tu l’as couronné de gloire et d’honneur »
Interprété christologiquement (Hébreux 2, 7–9), ce psaume établit un lien direct entre l’humiliation et l’exaltation : l’humanité abaissée est appelée à la gloire. La Chute, l’Incarnation et la restauration de la dignité humaine sont ainsi réunies dans une même dynamique scripturaire.
Dans le remplage supérieur figure le Couronnement de la Vierge, qui parachève le mouvement allant de la Chute (Genèse), à la Rédemption (Incarnation), jusqu’à la Glorification.
Sur le plan stylistique, la verrière révèle déjà la maturité artistique de Whall : lignes de plomb expressives servant de dessin, richesse et texture des couleurs, intégration organique des figures dans le décor végétal. L’ensemble marque une transition décisive vers l’esthétique Arts and Crafts pleinement affirmée.
Le programme ne se limite donc pas à une dévotion mariale, mais propose une synthèse théologique allant de la promesse de la Genèse à l’exaltation finale de l’humanité rachetée.