Fenêtre du Magnificat

Ce grand vitrail du transept nord du prieuré de Great Malvern fut offert à l'église en 1501 par le roi Henri VII. Le Corpus Vitrearum Medii Aevi ⓘ l'attribue à des maîtres verriers proches de William Twygge et Thomas Woodshawe, en raison d'une comparaison stylistique étroite avec les vitraux orientaux de l'église de Tattershall, une commande bien documentée vers la fin du XVe siècle. Il compte parmi les plus importants vitraux du début de l'époque Tudor conservés en Angleterre. Traditionnellement, il est connu sous le nom de Vitrail du Magnificat, d'après le cantique de la Vierge Marie ⓘ rapporté dans Luc 1, 46-55, qui est intégré à sa composition.
Le vitrail est conçu comme un programme narratif et dévotionnel complexe, combinant des scènes de la vie de la Vierge Marie et de la vie du Christ. Ces épisodes sont agencés sur plusieurs registres et jeux de lumière, entrelacés de baldaquins ornementaux et d'inscriptions, créant une méditation visuelle dense sur l'Incarnation et son accomplissement. Le Magnificat, cantique de louange de Marie après l'Annonciation, fournit le cadre théologique de l'ensemble, articulant les thèmes de l'humilité, de la miséricorde divine et du renversement du pouvoir temporel, particulièrement présents dans la culture dévotionnelle de la fin du Moyen Âge.
Iconographiquement, l'accent mis sur la Vierge s'inscrit pleinement dans la dévotion mariale contemporaine du début du XVIe siècle. Le Magnificat lui-même, qui souligne la considération de Dieu pour la condition humble de sa servante et l'exaltation des humbles, trouve une expression visuelle dans la juxtaposition soignée de scènes narratives et de motifs symboliques à travers le vitrail. Le vitrail ne fonctionne donc pas simplement comme une illustration biblique, mais comme un acte de louange continu, rendu par le verre, la couleur et la lumière.
Stylistiquement, le vitrail reflète la tradition anglaise de la fin du Moyen Âge à son apogée, avec ses verres pot metal aux couleurs chatoyantes, ses motifs de plomb robustes et ses figures caractérisées par des gestes expressifs et des drapés fluides. Bien que fortement remanié, il subsiste suffisamment d'éléments pour témoigner de la richesse originelle du projet et de son ambition en tant que commande royale. L'envergure et la complexité du vitrail soulignent à la fois l'importance du prieuré de Great Malvern à la fin du Moyen Âge et le rôle continu du patronage royal dans l'art ecclésiastique sous les premiers Tudors.
L'état physique du vitrail témoigne clairement de sa longue et mouvementée histoire. Il a subi des dommages répétés au fil des siècles, notamment lors de la Grande Tempête de 1703, qui causa d'importants dégâts aux édifices religieux à travers l'Angleterre. Au XVIIIe siècle, des carreaux auraient été brisés par des jeunes lanceurs de pierres, rappelant la fragilité des vitraux dans la vie paroissiale après la Réforme. Les dommages causés au vitrage ont permis à la végétation de pénétrer dans la structure et aux oiseaux d'entrer dans l'édifice ; des pigeons auraient niché dans le transept. Du plâtre se détachait des murs, signe d'une négligence prolongée plutôt que d'une altération délibérée de la structure.
Malgré cette histoire de négligence et de dégradation, le vitrail du Magnificat demeure une œuvre d'une importance exceptionnelle. Sa conservation, bien que fragmentaire et restaurée, préserve un témoignage précieux de la dévotion mariale à la fin du Moyen Âge, du patronage royal du début de l'époque Tudor et de l'évolution du vitrail dans les églises anglaises depuis la Réforme.