Laiton monumental de William Bagot et de Margaret Bagot - Baginton, Warwickshire.

1407
Laiton monumental de William Bagot et de Margaret Bagot - Baginton, Warwickshire.

Ce grand laiton monumental commémore William Bagot († 1407) et son épouse Margaret. Il appartient au groupe stylistique conventionnellement désigné Londres « C », dont les œuvres se caractérisent par une gravure assurée, un dessin linéaire maîtrisé et une composition claire. Les figures, presque grandeur nature (146 cm), traduisent une volonté manifeste d’affirmation sociale et mémorielle.

Upper detail of William Bagot brass

Lower detail of William Bagot brass

William Bagot est représenté en armure de la fin de la période Plantagenêt, portant un bassinet pointu avec camail, ainsi qu’un jupon maintenu par un large baudrier passé sur les hanches. Ce type d’armement situe le monument dans une phase tardive de la mode militaire du XIVᵉ siècle. Margaret Bagot se tient à ses côtés, figurée à échelle égale, soulignant le caractère conjoint et statutaire de la commémoration.


Style et typologie

Sur le plan typologique, le laiton de Baginton appartient au groupe ancien des figures armées dans lesquelles le jupon demeure un élément central du costume, avant son remplacement progressif par le cyclas ou le surcot. Des comparaisons peuvent être établies avec les laiton de William de Aldeburgh à Aldborough (v. 1360), d’un chevalier de la famille Dallingridge à Fletching (1395), de Sir George Felbrigge à Playford (1400) et de Sir John Wingfield à Letheringham (v. 1400). Le monument de Baginton constitue l’un des derniers témoignages de cette tradition stylistique.

Le jupon de William Bagot présente un intérêt particulier, car il est chargé d’armoiries plutôt que terminé par un bord uni ou festonné. Il porte un chevron accompagné de trois merlettes, avec un croissant de brisure, ce qui inscrit le monument dans un groupe restreint où le jupon devient un véritable support héraldique. Ce traitement, comparable à celui observé sur le laiton de Sir George Felbrigge à Playford, renforce la dimension lignagère et identitaire du monument.


Le collier de SS

William et Margaret Bagot portent tous deux le collier de SS (Esses). 1 Au début du XVe siècle, ce collier constitue la distinction chevaleresque la plus prestigieuse après la Jarretière 2 et est largement reconnu comme un signe d’adhésion à la maison de Lancastre.

Sa représentation sur les deux figures confère au monument une portée politique explicite. Comme de nombreux laiton contemporains, celui de Baginton utilise le collier de SS comme un marqueur visuel de loyauté, de légitimité et d’intégration dans l’ordre politique issu de l’accession lancastrienne.


Contexte d’atelier : Londres « C »

Le style de gravure permet de rattacher le monument à l’atelier Londres « C », un groupe quantitativement minoritaire mais stylistiquement cohérent au sein de la production londonienne. Comme l’a souligné Nigel Saul, cet atelier semble avoir bénéficié, à la charnière des XIVᵉ et XVᵉ siècles, de commandes émanant de personnes liées au personnel de la chambre de Richard II.

La commande du laiton Bagot s’inscrit pleinement dans ce contexte de patronage curial et renforce l’identification de Londres « C » comme un atelier au service d’une clientèle politiquement et socialement définie.


Contexte historique

La carrière politique de William Bagot éclaire directement l’iconographie du monument. Proche conseiller de Richard II et l’un de ses conseillers permanents, Bagot fut profondément impliqué dans la crise politique qui aboutit à la déposition du roi en 1399. À l’avènement de Henry IV, ses biens furent d’abord confisqués, avant qu’il n’obtienne leur restitution ainsi qu’une pension royale.

Cette réhabilitation politique trouve une expression tangible dans le laiton lui-même. L’affichage appuyé du collier de SS, porté par les deux époux, constitue une déclaration publique de loyauté renouvelée et de statut restauré. Le monument apparaît ainsi comme un témoignage matériel des recompositions politiques consécutives à la chute de Richard II.

Pour le contexte politique général, voir :
La déposition de Richard II — 29 septembre 1399


Importance

Le laiton de Baginton est un document majeur de l’Angleterre de la fin de l’époque ricardienne et du début du règne lancastrien. Associant une typologie d’armure conservatrice à une iconographie politique fortement marquée, il illustre le rôle des brasses monumentales comme supports de mémoire, d’allégeance et de légitimation dans les années qui entourent 1399.