Effigie en chêne de chevalier à jambes croisées - Cold Higham, Northamptonshire

Ce remarquable monument médiéval est une effigie en chêne représentant un chevalier à jambes croisées, datant d'environ 1350 et traditionnellement identifiée comme Sir John de Pateshull (ou Pattishull, mort vers 1349-1350), propriétaire terrien et chevalier local issu de l'éminente famille Pateshull, qui possédait le manoir voisin de Pattishall. Sculptée dans du chêne, un bois plus rare et plus durable pour les effigies que l'albâtre ou la pierre, plus courants, cette figure illustre le savoir-faire des ateliers des Midlands de l'Est, alliant symbolisme martial et sobriété religieuse. C'est l'une des moins de 100 effigies de chevaliers en bois encore existantes en Angleterre,1 et elle dépasse le simple rôle de mémorial : elle immortalise l'héritage de Sir John, baron mineur mais dévoué, ayant peut-être participé aux campagnes de France d'Édouard III, au sein d'une église liée à sa lignée depuis le XIIe siècle. Sa posture en tailleur invite à la réflexion sur les mythes médiévaux, jadis interprétés comme un symbole de croisade, aujourd'hui davantage perçus comme une fantaisie stylistique ou une tradition familiale,2 tandis que la chaleur organique du chêne humanise l'idéal gothique, d'ordinaire froid et austère.
L'effigie repose en position couchée sur un tombeau rectangulaire bas en pierre locale, d'environ 1,80 mètre de long, légèrement surélevé sur un socle dans le chœur modeste de l'église. Le tombeau présente dix panneaux à arc en accolade (style gothique à double courbe) sur ses côtés, chacun encadré d'arcs trilobés et orné d'écussons héraldiques usés, probablement aux armes des Pateshull (un chevron entre trois croissants), bien que l'érosion ait estompé de nombreux détails. L'architecture environnante, avec ses murs blanchis à la chaux, ses fenêtres ogivales simples et son arcade du XIIIe siècle, offre un cadre serein et rustique, doucement éclairé par la lumière naturelle filtrant à travers la fenêtre orientale. La patine chaude et dorée du chêne, noircie par des siècles de fumée d'encens et de polissage, contraste vivement avec la fraîcheur environnante de la pierre, évoquant une vitalité intime et forestière.

Représentée dans une posture classique, presque cadavérique, la silhouette élancée, grandeur nature, incarne le style militaire de transition du milieu du XIVe siècle, à l'aube du remplacement de la cotte de mailles par l'armure de plates. La pose du chevalier est emblématique : jambes croisées aux genoux, un geste longtemps romancé (mais aujourd'hui discrédité) comme symbole de zèle croisé ou de prouesses martiales, les mains jointes en prière sur la poitrine, gantées, motif universel de la supplication chrétienne. Son visage idéalisé et juvénile est légèrement incliné vers le haut, les yeux clos dans une vigilance éternelle, exprimant à la fois sérénité et résolution.
La tête repose sur un simple oreiller ou un coussin à pompons, coiffée d'un casque bassinet dont l'aventail (cotte de mailles) retombe légèrement sur les épaules. Une grande épée, la poignée serrée entre les mains, jaillit verticalement de son fourreau à la taille, symbolisant la justice et la défense de la foi. Par-dessus une jupe ajusté (tunique rembourrée) orné de quartiers héraldiques, probablement ceux de Pateshull et de familles alliées, se trouve un surcot fluide, dont les plis sculptés d'un drapé naturaliste et fluide captent la lumière, suggérant l'élégance civile du chevalier sous son apparence guerrière.
Les jambes croisées, marque distinctive des effigies de chevaliers entre 1250 et 1375 environ, sont élégamment allongées, la jambe droite drapée sur la gauche au niveau du genou. Les pieds sont chaussés de sabatons pointus (bottes blindées) se terminant par de subtiles pattes de lion, un motif de base courant pour la noblesse, ici simplifié et dépourvu de la figure animale tutélaire. La silhouette élancée souligne l'agilité plutôt que la robustesse, reflétant l'évolution des joutes et des tactiques de combat de l'époque.
- 1.
English Church Monuments In The Middle Ages: History And Representation Oxford, New York 2009.p71.
- 2.
Of Armor And Men In Medieval England The Chivalric Rhetoric Of Three English Knights' Effigies Aldershot Ashgate 2004.p26.
