Légende de St Eustache - Saint-Étienne de Beauvais

Attribution
1553–1575
Légende de St Eustache - Saint-Étienne de Beauvais
 

La verrière illustrant la Légende de saint Eustache (baie n° 18) à Saint-Étienne de Beauvais constitue une œuvre composite de la Renaissance, exécutée par campagnes successives entre 1553 et vers 1575. Son élaboration prolongée reflète un processus cumulatif de mécénat, réunissant plusieurs donateurs, artistes et ateliers au sein d’un programme narratif cohérent.

Première campagne (1553)

En 1553, le marchand-drapier Jean de Malinguehen, ancien maire de Beauvais, fit don des panneaux du registre inférieur. Ceux-ci représentent Jean de Malinguehen et sa famille agenouillés, présentés devant le Christ administrant l’Eucharistie. Cette phase constitue la contribution la plus anciennement datée de la verrière.

Deuxième campagne (1554) : la Vision de saint Eustache

St. Eustace and stag, French renaissance stained glass

 

La seconde phase de la verrière, datée de 1554, correspond à la scène centrale de la Vision de saint Eustache, où le saint aperçoit le cerf portant le crucifix. Ce panneau majeur inclut les portraits de donateurs du marchand-drapier Eustache de la Croix et de son épouse Françoise de Nully, représentés en prière.

Cette scène centrale est attribuée à Nicolas Le Prince, sur la base de critères stylistiques et de son activité attestée à Beauvais au milieu du XVIᵉ siècle. L’attribution a été notamment formulée par Jean Lafond en 1929, en raison des affinités stylistiques et d’un contrat de 1558 concernant un bas-relief exécuté par le même artiste.

Les panneaux de 1554 présentent les caractéristiques de l’atelier des Le Prince, acteur majeur du vitrail renaissant à Beauvais, notamment par la luminosité du verre, l’équilibre des compositions et la clarté narrative.

Achèvement tardif (1572–1575)

Une nouvelle campagne fut engagée près de vingt ans plus tard. Le 13 mai 1572, un contrat fut passé entre le maître verrier Romain Buron, originaire de Gisors et disciple de Engrand Le Prince, et le marchand beauvaisien Nicolas Brocard. Ce contrat prévoyait l’achèvement de deux verrières historiées, dont l’adjonction de scènes supplémentaires de la Vie de saint Eustache (peste, mort du bétail, pillages, fuite).

Les panneaux de donateurs de cette phase représentent Mahiot Brocard († 19 avril 1572) et son épouse Huguette de Bray. Les travaux semblent s’être poursuivis jusqu’aux environs de 1575, date à laquelle les scènes furent intégrées aux registres médian et supérieur.

Organisation et style

L’exécution étalée de la verrière suggère une coordination—peut-être sous l’égide de la Confrérie de Saint-Eustache—ayant permis d’unifier des dons successifs en un cycle narratif cohérent.

Sur le plan stylistique, les parties tardives dues à Romain Buron se distinguent par l’usage d’émaux plus épais et d’une coloration plus dense, contrastant avec la transparence et la finesse des panneaux influencés par l’atelier Le Prince. Si l’ensemble demeure soigné et lisible, cette phase tardive est généralement considérée comme moins brillante que certains vitraux beauvaisiens du XVIᵉ siècle.