La Vie de Sainte Agnès - Abbaye de Saint-Ouen, Rouen

1550
La Vie de Sainte Agnès - Abbaye de Saint-Ouen, Rouen

Ce vitrail (vers 1550) présente une séquence de la Vie et du Martyre de Sainte Agnès , la jeune vierge romaine célèbre pour son refus catégorique d'un prétendant païen et sa foi inébranlable. Réalisé par un atelier rouenais au début du XVIe siècle, le vitrail suit le format typique de Saint-Ouen : des scènes narratives sous de hauts dais gothiques, encadrées par une alternance d'éléments architecturaux et paysagers.

À l'extrême gauche, Agnès est en prière tandis qu'un prétendant richement vêtu s'agenouille devant elle, implorant son sort. Cette scène résume le début de sa légende, où Agnès repousse les avances d'un jeune noble, déclarant avoir consacré sa vie au Christ. La dignité de son attitude contraste avec la posture suppliante du prétendant, soulignant sa détermination.

Sur le panneau suivant, le prétendant s'est effondré ou est tombé à la renverse, terrassé par la grâce divine. Ce moment représente le châtiment miraculeux qui le frappe après avoir tenté de contraindre Agnès ou avoir insisté avec trop d'audace, un épisode présent dans plusieurs versions médiévales de la Passion d'Agnès.

Le panneau central montre l'arrestation d'Agnès. Des soldats ou des officiers la saisissent par le bras et l'emmènent, marquant l'intervention des autorités romaines, soit à l'instigation du prétendant, soit en raison de sa foi chrétienne professée. Le décor architectural renforce le caractère judiciaire de la scène.

À droite, Agnès est représentée au moment de son exécution : un assaillant s'apprête à la poignarder dans le dos, à la base du cou. Ceci reflète la tradition selon laquelle, après avoir survécu indemne à des tourments antérieurs, elle fut finalement mise à mort par l'épée. La composition resserrée accentue le sentiment de violence imminente.

Le panneau le plus à droite conclut le cycle : Agnès est élevée vers le ciel par des anges. Son corps est soutenu avec douceur, sa posture paisible, symbolisant le passage du martyre à la gloire céleste. La scène correspond à la croyance répandue selon laquelle son âme fut emportée directement auprès de Dieu, un motif fréquemment utilisé pour affirmer la sainteté des vierges martyres.

Ensemble, ces panneaux offrent un récit concis mais saisissant de la pureté de sainte Agnès, de sa protection divine et de son entrée triomphale au ciel. Bien que restaurée et recomposée au fil du temps, la séquence conserve des éléments clés du style rouenais du XVIe siècle : des couleurs saturées, une gestuelle expressive et un dais à l'architecture dense, assurant ainsi la pérennité continue de la fenêtre au sein du cycle hagiographique plus vaste du bas-côté sud