Couronnement et Mort de la Vierge - Saint-Maclou, Rouen

Ce vitrail (vers 1470), situé dans l'église Saint-Maclou, conserve des fragments d'un cycle marial du milieu du XVe siècle, illustrant à l'origine deux épisodes majeurs de la fin de la vie terrestre de la Vierge : la Dormition (Mort de la Vierge) dans le registre inférieur et le Couronnement de la Vierge au ciel dans le registre supérieur. Bien que de larges portions des vitraux d'origine aient disparu, les éléments subsistants témoignent de la grande qualité de la peinture figurative produite à Rouen vers 1470.
Registre supérieur — Couronnement de la Vierge

La partie supérieure présente les vestiges très fragmentaires de la scène du Couronnement :
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Le Christ et la Vierge trônant sous un dais céleste (seuls des fragments de têtes, d'auréoles et de vêtements liturgiques subsistent).
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Des anges en adoration, certains tenant des instruments de musique, sont disposés autour du trône central.
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Des bleus profonds, du verre rubis et un usage abondant de colorant jaune-argent témoignent d'une palette chromatique raffinée, typique des ateliers rouennais de l'époque.
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Les fragments conservés suggèrent une composition symétrique originelle, encadrée par un Christ assis couronnant la Vierge, entouré d'anges formant une sorte de mandorle.
Registre inférieur — Dormition de la Vierge

La scène de la Dormition est l'élément le mieux lisible qui subsiste :
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La Vierge Marie ⓘ repose sur son lit de mort, vêtue d'un manteau bleu profond, la tête doucement inclinée.
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Un groupe dense d'apôtres se rassemble autour du lit. Plusieurs d'entre eux conservent des visages expressifs et des auréoles caractéristiques du style normand du milieu du XVe siècle.
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Les apôtres à gauche tiennent ou soutiennent la main de Marie ; ceux à droite se penchent en signe de dévotion.
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Les vestiges d'un auvent architectural au-dessus de la scène indiquent que ce panneau occupait à l'origine une place centrale dans le programme de vitraux de la nef.
Malgré son état fragmentaire, la disposition des apôtres et du catafalque de Marie suit clairement le modèle iconographique établi pour la Dormition en Normandie et en Picardie.
Style et attribution
Les fragments présentent les caractéristiques de la peinture rouennaise vers 1470 :
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un modelé doux des visages aux carnations pâles
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un travail linéaire précis dans les drapés
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des bleus saturés contrastant avec des verres rubis chauds
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une fine exécution des rosaces, des nimbes et des détails du dais, rehaussés d’un vitrail jaune-argent
Ces caractéristiques situent l’œuvre dans le sillage de l’École de Rouen, possiblement liée aux ateliers actifs à Saint-Godard ou à l’atelier responsable des vitraux du chevet de Saint-Maclou.
État et reconstitution
Le vitrail ne subsiste que sous forme de fragments, sa configuration actuelle résultant d’au moins deux phases de restauration majeures :
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Un sauvetage post-médiéval, qui a mêlé des scènes mariales conservées à des fragments de verre de carrière et des vitraux décoratifs sans lien apparent.
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Reconstruction des XIXe et XXe siècles, ayant produit la structure dense en mosaïque qui entoure les scènes centrales, caractérisée par un travail du plomb important, des remplissages irréguliers et des éléments médiévaux réutilisés.
Il en résulte une composition hybride, où le récit original ne subsiste que dans les zones centrales, entouré de vitraux patchwork modernes et du début de l'époque moderne.
Provenance
Les panneaux subsistants proviendraient d'un vitrail marial situé à l'origine dans le bas-côté sud de la nef de Saint-Maclou. Les sources d'archives suggèrent que le vitrail a subi des dommages lors des guerres de Religion et de travaux de reconstruction ultérieurs, ce qui a nécessité d'importants travaux de réassemblage.