
Fresque réalisée par Masaccio ⓘ dans la chapelle Brancacci de l’église Santa Maria del Carmine à Florence. Ce panneau fut peint en même temps que celui représentant La Tentation d’Adam et Ève par Masolino sur le mur opposé. Masolino et Masaccio, tous deux peintres italiens majeurs du XVe siècle, travaillèrent ensemble aux fresques de la chapelle Brancacci, offrant ainsi une base claire de comparaison.
La fresque représente Adam et Ève chassés du Jardin d’Éden par un ange après avoir désobéi à Dieu. Par l’expression de l’angoisse et du mouvement, l’œuvre rompt avec le style pictural statique de l’art médiéval et marque ainsi les débuts de la Renaissance. Les ombres tombent vers la gauche, en accord avec la lumière réelle provenant de la fenêtre de la chapelle.
Adam, à gauche, se couvre le visage de ses mains dans un geste de honte et de désespoir. Ève, à droite, lève une main vers son visage et l’autre pour couvrir son corps, la bouche ouverte dans un cri d’angoisse. Au-dessus d’eux, un ange armé d’une épée flamboyante plane et désigne avec force la sortie, symbolisant le jugement divin et le bannissement. L’arcade à gauche marque la limite de l’Éden ; au-delà s’étend un paysage rocheux et aride, symbole du monde difficile qu’ils vont désormais habiter.
L’usage du clair-obscur confère aux figures une solidité tridimensionnelle, caractéristique de la première Renaissance. Le réalisme émotionnel est saisissant : la honte d’Adam et la douleur d’Ève sont rendues avec une humanité intense, en rupture avec les représentations plus stylisées du Moyen Âge. L’anatomie des deux figures témoigne de l’étude de la sculpture antique et du corps humain, contribuant au renouveau naturaliste de la Renaissance. La pose dynamique de l’ange et la composition en diagonale renforcent le sentiment de mouvement et de drame.
La fresque saisit le moment de perte et de souffrance qui définit la condition humaine après la Chute. La nudité souligne la vulnérabilité et la mortalité, désormais privées de la grâce divine. Le contraste entre la lumière divine entourant l’ange et l’ombre couvrant Adam et Ève accentue la séparation entre le ciel et le monde déchu.
Environ trois siècles après l’exécution de l’œuvre, Cosme III de Médicis fit peindre des feuilles de vigne pour dissimuler la nudité des figures. Ces ajouts furent retirés lors de la restauration des fresques dans les années 1980.