La Vie de saint Vincent - Abbaye Saint-Ouen, Rouen

Ce vitrail (vers 1550) illustre des épisodes du martyre de saint Vincent de Saragosse, l'un des diacres les plus vénérés des premiers siècles de l'Église. Réalisé par un atelier rouenais au début du XVIe siècle. Le verre adopte la disposition classique de la série narrative des vitraux de Saint-Ouen : des scènes disposées sous de riches dais gothiques, chaque panneau présentant un moment précis de la Passion du saint.
À gauche, Vincent comparaît devant le gouverneur romain Dace. La composition reflète le cadre judiciaire traditionnel des cycles de martyrs : Vincent, en habits de diacre, se tient résolu tandis que le gouverneur, entouré de ses serviteurs ou de ses gardes, prononce son jugement. L'architecture environnante souligne l'autorité de la cour impériale.
Les panneaux suivants représentent la torture de Vincent. Sur l'un d'eux, le saint est étendu sur un châssis, les membres liés, tandis que des soldats resserrent des cordes ou exercent une pression. Les couleurs vives et les gestes précis accentuent la sensation de souffrance physique. Une seconde scène intensifie cette violence : le corps de Vincent est torturé ou battu par un bourreau qui brandit un instrument. La scène se déroule désormais à l'extérieur, comme l'indiquent les éléments du paysage derrière la canopée.
Au centre du vitrail, Vincent est jeté à la mer, un épisode tiré de versions ultérieures de sa Passion, où ses persécuteurs tentent de se débarrasser de son corps. Il est ici représenté ligoté et suspendu au-dessus du bastingage, sous le regard de soldats ou de marins. Le calme de l'eau et la faible profondeur de l'horizon contrastent avec la brutalité de l'acte.
À l'extrême droite, le récit illustre la préservation miraculeuse du corps de Vincent. Selon la tradition, sa dépouille, jetée à la mer et gardée par des chaînes ou des meules, fut protégée par des oiseaux marins jusqu'à ce que des chrétiens la retrouvent. Le panneau reflète cet épisode : le corps sans vie de Vincent gît sur le rivage tandis que des personnages s'approchent avec révérence, le paysage environnant marquant le passage de la violence à la vénération.
Les registres inférieurs, comme dans les autres vitraux de la série, ancrent l'espace grâce à des bases architecturales et des bordures ornées de motifs, tandis que les dais supérieurs, richement dorés et ajourés de remplages, unifient visuellement l'ensemble. Ces scènes offrent un récit concis mais poignant de la constance de Vincent face à la persécution et des signes miraculeux qui ont accompagné son martyre, thèmes qui ont exercé une forte attraction religieuse tout au long du bas Moyen Âge, notamment dans les monastères comme celui de Saint-Ouen.