Stalles du chœur de Saint-Jean-Baptiste de Montrésor - France

du début au milieu du XVIe siècle

Vie, Foi et Imagination en Chêne

 

Misericord

 

Les stalles du chœur de la collégiale Saint-Jean-Baptiste de Montrésor forment l'un des ensembles de sculpture sur bois de la Renaissance les plus éloquents de Touraine. Elles furent réalisées vers 1530-1540, lorsque Imbert de Batarnay, seigneur de Montrésor et conseiller de quatre rois de France, dota la nouvelle collégiale qu'il avait créée en 1521. Destinées à accueillir vingt et un chanoines, ces stalles, toujours présentes de part et d'autre du chœur, sont sculptées dans un chêne sobre, leurs surfaces animées d'une sculpture alliant gravité, esprit et ornementation savante.

Chaque siège porte, sous son assise articulée, une petite console, la miséricorde, et à ses extrémités s'élèvent des appuis de banc surmontés d'un buste, d'une créature ou d'une volute sculptée. Le décor s'inscrit pleinement dans le style de la première Renaissance française : les ornements gothiques ont disparu, remplacés par des volutes, des feuilles d'acanthe et des médaillons inspirés des camées antiques. Le modelé est assuré et tactile, l'humour discret mais empreint d'humanité. Bien que le nom du sculpteur soit inconnu, l'œuvre est caractéristique des ateliers actifs autour de Tours et de Loches sous le règne de François Ier, où le goût italien naissant se mêlait à l'artisanat local.

 

Les Miséricordes

Les miséricordes de la collégiale Saint-Jean-Baptiste de Montrésor constituent la partie la plus intime et la plus propice à la contemplation des stalles du chœur du XVIe siècle. Sculptées en chêne vers 1530-1540, elles furent conçues à la fois comme supports pratiques pour le clergé lors des longs offices et comme supports à la réflexion sur des thèmes spirituels. Leur petite taille incita à l'invention, et dans cet espace restreint, le sculpteur explora une iconographie riche qui unit la vitalité gothique à l'humanisme de la Renaissance.

Une représente un séraphin dont la tête et les ailes superposées forment un support vivant sous le siège ; le motif allie fonction structurelle et symbolisme théologique, ses plumes fluides étant rendues avec une précision rythmique. Une autre contraste fortement avec cette vision de pureté céleste : un crâne encadré de volutes et de moulures, un memento mori à la fois austère et magnifiquement modelé, rappelant aux maîtres la fugacité de la vie.

 

Un enfant ailé, ou putto, absorbé par l'écriture sur un rouleau, introduit l'idéal de la Renaissance d'inspiration divine et de savoir, évoquant les anges scribes de l'art italien.  Une dernière sculpture, une tête de chérubin enveloppée d'ailes en forme de cœur, rétablit le thème de la rédemption par une expression douce et compatissante.

Ensemble, ces sculptures forment une méditation sur la mortalité et le salut : l'innocence, la mort et la renaissance tour à tour. Leur style, qui allie la grâce linéaire de la sculpture gothique tardive à la sérénité de la première Renaissance française, incarne le savoir-faire raffiné des ateliers de la Loire sous François Ier. Chaque pièce, patinée par les siècles, conserve l'esprit de dévotion qui l'animait.

Les extrémités des bancs

Les panneaux verticaux, ou extrémités des bancs des stalles de Montrésor, sont ornés d'une série de médaillons sculptés, chacun présentant un buste de profil dans un cadre circulaire. Ces portraits, inspirés des monnaies et médailles antiques, transforment le mobilier sacré en une galerie de portraits humanistes. Leur exécution témoigne du talent d'un artiste familier du style courtois français de l'époque, alliant la retenue classique à une personnalité vibrante.

Une tête représente un homme aux cheveux bouclés et coiffé d'une casquette élégante, dont les traits saillants sont rendus avec humour et vitalité ; il pourrait symboliser le Courage ou l'esprit mondain et fougueux du courtisan de la Renaissance. Une autre, plus lisse et plus idéalisée, montre un jeune homme aux cheveux courts et bouclés, vêtu d'un drapé, écho de la vertu antique ou de la Raison contemplative.

 

Le guerrier au casque à plumes qui suit est noble et serein, son armure finement ciselée ; il pourrait représenter le Miles Christianus, le chevalier chrétien défendant la foi. Le dernier buste, un homme barbu coiffé d'un béret, évoque le savant ou le poète, symbole de savoir et de réflexion.

Ces médaillons, bien que n'étant pas des portraits, projettent un idéal de dignité humaine façonné par l'humanisme de la Renaissance. Ils constituent autant des exemples moraux que des éléments décoratifs, leurs profils sereins contrastant avec l'expressivité fantaisiste des miséricordes en dessous.

Les Jouées ou extrémités de stalles

Les joueées, ou extrémités extérieures des stalles, sont conçues comme des extrémités sculpturales, unissant l'architecture de la structure à un riche bestiaire de figures sculptées. Chaque pièce transforme un support fonctionnel en une étude vivante de la forme et du sens, mêlant la fantaisie de la sculpture de la fin du Moyen Âge à l'élégance du désign de la Renaissance.

 

Parmi ces créatures figurent plusieurs êtres fantastiques : l'un est un oiseau-bête dont le long cou se recourbe sur lui-même, évoquant peut-être le pélican ou le phénix, symboles de sacrifice et de résurrection. Un autre prend la forme d'un monstre tapi, hybride de reptile et de mammifère, dont la posture enroulée semble contenir une énergie latente, rappelant les passions apaisées par la foi.

À proximité, un buste féminin coiffé d'une capuche ajustée offre un contrepoint humain et serein aux bêtes environnantes. Une tête masculine à la barbe abondante introduit une autre note d'introspection, son regard baissé suggérant la méditation ou la sagesse.

Ces figures révèlent le goût du sculpteur pour la variété : le contraste entre le grotesque et le serein, l'animal et l'humain, le spirituel et le terrestre. Elles unifient l'ensemble, chaque élément se fondant naturellement dans le suivant, transformant le chœur en une œuvre sculpturale unifiée.

Considérées dans leur ensemble, les stalles de Montrésor incarnent l'esprit de la Renaissance française dans ce qu'il a de plus introspectif et d'humaniste. Les miséricordes explorent les mystères de la vie, de la mort et de la rédemption ; les extrémités des bancs célèbrent la dignité humaine à travers des portraits idéalisés ; et les jouées expriment la vitalité de la création sous toutes ses formes. Ensemble, elles unissent réflexion morale, ferveur religieuse et raffinement esthétique, un témoignage durable en chêne de l'épanouissement artistique de la vallée de la Loire au début du XVIe siècle.