Jean d’Angleterre
Jean sans Terre, le plus jeune fils d’Henri II et d’Aliénor d’Aquitaine, devint roi d’Angleterre en 1199 à la mort de son frère Richard I d’Angleterre ⓘ. Son avènement fut immédiatement contesté par son neveu Arthur de Bretagne, dont la revendication était soutenue par Philippe II de France ⓘ. Le conflit qui s’ensuivit marqua le début de la perte par Jean d’une grande partie de l’empire angevin en France et mit en évidence la fragilité structurelle d’un ensemble territorial déjà affaibli par les exigences financières et militaires du règne de Richard.
Jean hérita d’une royauté lourdement grevée par la fiscalité, l’hostilité diplomatique et le mécontentement baronnial. Si les historiens modernes soulignent que nombre de ces difficultés n’étaient pas de son fait, son règne fut néanmoins dominé par l’échec politique, des exactions financières incessantes et une dégradation rapide des relations avec la noblesse comme avec l’Église. Là où la réputation de Jean comme mauvais époux — et roi encore plus défaillant — demeure pleinement justifiée, c’est dans sa conduite personnelle et son jugement politique, qui ne cessèrent d’aggraver les tensions au lieu de les contenir.
L’annulation de son premier mariage, puis son union avec Isabelle d’Angoulême, provoquèrent de puissants seigneurs régionaux dans l’ouest de la France et contribuèrent directement à la confiscation par Philippe II des possessions continentales de Jean. La gestion de son mariage, jointe aux accusations contemporaines de cruauté et d’abus sexuels envers des femmes de la noblesse, ruina durablement la confiance de ses barons. Contrairement à Richard, Jean ne disposait ni du prestige militaire ni de l’autorité personnelle susceptibles de compenser de tels comportements.
Le conflit avec l’Église atteignit son paroxysme lorsque Jean refusa la nomination pontificale de Stephen Langton ⓘ comme archevêque de Cantorbéry. En réponse, le pape Innocent III plaça l’Angleterre sous interdit et excommunia le roi. En 1213, Jean finit par se soumettre à l’autorité pontificale, acceptant Langton et reconnaissant l’Angleterre comme fief du Saint-Siège — un repli pragmatique qui lui assura l’appui papal, mais porta un nouveau coup à son autorité auprès des barons anglais.
L’opposition baronniale culmina dans la révolte ouverte et le scellage de la Magna Carta à Runnymede en 1215. Bien que Jean ait rapidement répudié la charte, celle-ci devint un texte fondateur de l’histoire constitutionnelle anglaise, symbolisant les limites imposées à l’autorité royale. Jean mourut en 1216 au cours de la reprise de la guerre civile, laissant un héritage défini non seulement par l’échec, mais par la révélation des faiblesses structurelles de la royauté angevine et par les conséquences durables de son propre mauvais gouvernement.