La Nativité, la Circoncision, et l'Epiphanie

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1521–1535

Présentation générale

Cette troisième séquence sculptée du jubé de Chartres, située à l’extrémité occidentale du déambulatoire sud, fut réalisée par Jehan Soulas entre 1521 et 1535. Elle prolonge le cycle marial par des scènes christologiques majeures : la Nativité, la Circoncision du Christ et l’Épiphanie.

Comme dans les séquences précédentes, Soulas associe une architecture encore marquée par le vocabulaire gothique à des figures pleinement renaissantes, caractérisées par leur volume, la fluidité des drapés et une forte expressivité gestuelle. Le récit mêle sources canoniques et traditions apocryphes, révélant la richesse iconographique et la liberté interprétative de la sculpture française du début du XVIᵉ siècle.


La Nativité

 

La Nativité est représentée selon une iconographie traditionnelle largement issue des Évangiles apocryphes plutôt que des textes canoniques, ceux-ci demeurant laconiques quant aux circonstances de la naissance du Christ.

Marie est figurée agenouillée, les mains jointes, en adoration devant l’Enfant couché dans la crèche. Cette posture dévotionnelle, devenue courante à la fin du Moyen Âge, insiste sur la reconnaissance immédiate de la nature divine de l’Enfant. À l’arrière-plan, Joseph, debout et tenant son chapeau, adopte une attitude à la fois protectrice et contemplative.1

Le bœuf et l’âne, absents des Évangiles mais omniprésents dans la tradition iconographique chrétienne, encadrent la scène. Trois anges se tiennent à proximité, renforçant la dimension céleste de l’événement. Par la douceur des visages et la densité compacte de la composition, Soulas confère à la scène un caractère à la fois intime et solennel.


La Circoncision du Christ

La scène de la Circoncision se fonde sur un épisode mentionné uniquement dans l’Évangile selon saint Luc (Lc 2, 21) : huit jours après sa naissance, l’Enfant reçoit son nom et est intégré à la communauté juive par le rite de la circoncision.

Soulas représente cependant l’épisode d’une manière anachronique du point de vue rituel. Selon la Loi mosaïque, la mère était considérée comme impure pendant quarante jours après la naissance d’un fils (Lv 12, 1–4) et n’aurait donc pas dû être présente au Temple. Or, Marie est ici figurée assise à l’écart, témoin silencieux de la scène.

Au centre, Joseph maintient l’Enfant, visiblement agité, tandis qu’un prêtre accomplit le rite. Un acolyte, tenant une urne d’eau, assiste à la cérémonie. Cette mise en scène, plus théologique qu’historiquement exacte, met l’accent sur l’humanité du Christ et sur son inscription dans la Loi ancienne, tout en conservant une forte charge émotionnelle.


L’Épiphanie

La séquence s’achève avec la scène de l’Épiphanie, qui, comme la Nativité, s’inspire largement des traditions apocryphes et du développement iconographique médiéval.

Les Rois mages sont représentés dans des attitudes différenciées, suggérant leurs âges et leurs statuts distincts. L’un d’eux s’agenouille devant l’Enfant, offrant son présent, tandis que les autres se tiennent en retrait, leurs dons à la main. Marie, assise et tenant l’Enfant sur ses genoux, adopte une pose calme et frontale, soulignant son rôle de Sedes Sapientiae.

L’Enfant Jésus, animé et presque espiègle, se penche vers les offrandes, établissant un lien visuel direct avec le fidèle. Par le raffinement des costumes, l’attention portée aux textures et la vivacité des expressions, Soulas transforme la scène en un véritable tableau sculpté de reconnaissance universelle du Christ.


Style et portée

Dans ce cycle christologique, Jehan Soulas démontre une parfaite maîtrise du relief narratif. Les figures sont solidement ancrées dans l’espace, les interactions lisibles et les émotions subtilement graduées. Le recours aux sources apocryphes permet d’enrichir le récit et d’introduire des motifs familiers au spectateur, tout en renforçant la dimension dévotionnelle des scènes.

Ces reliefs confirment le rôle du jubé de Chartres comme un vaste programme sculpté à la fois pédagogique et contemplatif, où la théologie se donne à lire à travers un langage plastique d’une grande humanité.